Le S&P 500 et le Nasdaq Composite viennent encore de s’offrir de nouveaux sommets historiques en cours de séance ce mardi. Un rallye haussier presque insolent, tiré à bout de bras par la tech, alors même que les salles de marchés scrutent avec anxiété les tractations autour d’un potentiel accord irano-américain censé mettre fin au conflit. Concrètement, l’indice élargi a grignoté 0,5 %, et le Nasdaq, gavé de valeurs technologiques, a bondi de 0,9 %. Le Dow Jones, lui, fait grise mine et lâche 127 points (0,3 %), dans un marché qui reprenait tout juste son souffle après le week-end prolongé du Memorial Day.
Au cœur de cette frénésie, Micron Technology a littéralement crevé le plafond. Le titre s’est envolé de 17 %, propulsant sa capitalisation boursière au-delà du cap mythique des mille milliards de dollars. Wall Street exulte, UBS en tête : la banque suisse anticipe un potentiel de hausse de plus de 100 % pour le fabricant de puces, dopé par la visibilité qu’offrent ses contrats à long terme. C’est un retournement spectaculaire pour une valeur qui avait pourtant commencé la semaine précédente dans le rouge, emportée par une vague de ventes sur les fabricants de mémoires, avant de se ressaisir magistralement. Dans son sillage, ses confrères Seagate Technology et Western Digital ont pris respectivement 3 % et 8 %, tandis que le Roundhill Memory ETF (DRAM) s’adjugeait un solide 12 %.
Géopolitique et pétrole sur le fil du rasoir
Mais cet appétit pour le risque se heurte à une réalité géopolitique inflammable. Lundi, Donald Trump assurait que les pourparlers avec l’Iran « avançaient bien », tout en brandissant la menace d’une reprise de l’offensive américaine en cas d’échec des négociations. Les actes n’ont pas tardé à suivre les paroles : dès mardi matin, les États-Unis menaient des frappes dites « d’autodéfense » dans le sud de l’Iran. D’après Tim Hawkins, porte-parole du commandement central américain, ces opérations ont ciblé des sites de lancement de missiles et des navires iraniens soupçonnés de vouloir poser des mines, tout en précisant que Washington avait fait preuve de « retenue » pendant le cessez-le-feu en cours.
Le marché pétrolier, sismographe habituel de ces tensions, a réagi de manière pour le moins erratique. Après ces frappes, le brut américain a effacé ses pertes : les contrats à terme sur le WTI pour juillet ont finalement reculé de 2 % pour s’établir à 93 dollars le baril, pendant que le Brent faisait cavalier seul, grimpant de 4 % sur la journée pour toucher les 100 dollars.
L’optimisme pathologique face au mur de l’inflation
Comment expliquer cette déconnexion apparente entre les indices boursiers et le bruit des bottes ? Pour Ron Albahary, directeur des investissements chez LNW, il y a chez les investisseurs une forme d’« optimisme pathologique ». La plupart parient aveuglément sur une fin imminente du conflit et un retour à la normale d’avant-guerre. C’est un véritable tir à la corde mental. D’un côté, le marché achète l’idée d’un tsunami d’investissements, un capex massif qui justifierait à lui seul la hausse continue des marchés. De l’autre, les fondations de l’économie américaine restent fragiles et l’inflation menace de s’enkyster pour devenir systémique.
D’ailleurs, le récent repli des cours du pétrole – le brut américain venant de signer sa pire semaine depuis la mi-avril – avait redonné des couleurs aux actions la semaine passée. Le S&P 500 s’était octroyé 0,9 %, enchaînant sa plus longue série de gains hebdomadaires depuis fin 2023. Sauf qu’avec un baril qui reste obstinément plus cher qu’en début d’année et des pressions sur les prix qui ne faiblissent pas, le rêve d’une Réserve fédérale accommodante s’évapore. Les traders revoient leur copie : l’outil FedWatch du CME Group évalue désormais à 13 % la probabilité d’une hausse des taux en juillet, contre à peine 0,9 % le mois dernier.
La quête de rendement : l’alternative des dividendes
Face à ces valorisations technologiques qui donnent le vertige – tout le monde semblant chercher ce premier « trillionaire de l’IA », ce futur monopole indispensable censé fournir l’infrastructure vitale à des géants comme Nvidia et Intel – la nervosité s’installe. Sécuriser du rendement sans pour autant sortir du marché devient l’obsession d’une partie des gérants. C’est là que les ETF axés sur les dividendes entrent en scène, offrant une option robuste pour diversifier les portefeuilles après les récents emballements des cours et capitaliser sur des entreprises qui génèrent du cash de manière constante.
Dans cette catégorie, deux poids lourds de la galaxie Vanguard captent l’attention : le Vanguard High Dividend Yield ETF (VYM), centré sur les actions américaines, et son pendant international, le VYMI. Si l’on regarde dans le rétroviseur des cinq dernières années, le fonds international a damé le pion à son homologue américain. Précisons d’emblée que ni l’un ni l’autre n’ont réussi à surperformer le S&P 500 sur cette période. Si votre but absolu est de battre le marché, la stratégie n’est probablement pas la bonne. En revanche, pour générer un flux régulier, l’arbitrage mérite réflexion.
Focalisons-nous sur le VYM. Ce fonds embarque 608 valeurs triées pour leurs prévisions de dividendes supérieurs à la moyenne. Ses performances ont de quoi rassurer :
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11,9 % de rendement annuel moyen sur cinq ans.
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17 % sur trois ans.
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29,5 % sur la dernière année écoulée (en valeur nette d’inventaire).
Avec un rendement du dividende de 2,24 %, il tient largement son rang face aux meilleurs ETF de sa catégorie. Le fonds joue par ailleurs la carte de la prudence diversifiée au niveau sectoriel : la finance y pèse 20,2 %, suivie de l’industrie (14,2 %), de la santé (11,8 %) et de l’énergie (9,7 %).
Le paradoxe Broadcom
Pourtant, un coup d’œil sous le capot révèle une subtilité qui pourrait faire sourire jaune ceux qui cherchent justement à fuir la tech : la technologie représente tout de même 14,8 % du fonds. Et le portefeuille est particulièrement déséquilibré au sommet.
Le top 5 des pondérations du VYM :
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Broadcom (8,03 %)
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JPMorgan Chase (3,3 %)
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ExxonMobil (2,7 %)
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Johnson & Johnson (2,3 %)
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Caterpillar (1,7 %)
Le géant des semi-conducteurs Broadcom écrase littéralement le reste de l’allocation. Utiliser le VYM pour se désintoxiquer des valeurs technologiques américaines relève donc un peu du vœu pieux.
Malgré cette asymétrie, les arguments macro-financiers en faveur du VYM restent lourds. Avec des frais de gestion squelettiques de 0,04 % et un PER (ratio cours/bénéfices) glissant sur 12 mois de 21,42 – à des années-lumière du multiple stratosphérique de 32,19 qu’affiche actuellement le S&P 500 – le fonds fait figure d’anomalie bon marché dans une bourse américaine globalement très chère. De quoi laisser chaque investisseur face à un choix complexe : continuer à surfer sur l’euphorie de l’innovation pure au risque de se brûler les ailes, ou accepter un zeste de tech dans un véhicule défensif pour s’acheter un peu de visibilité.