Il y a grosso modo deux écoles chez les utilisateurs de smartphones, exactement comme sur la route. D’un côté, ceux qui ne jurent que par la cylindrée premium, l’objet statutaire qu’on renouvelle de manière presque compulsive pour profiter de la dernière innovation à la mode. De l’autre, les pragmatiques. Ceux qui cherchent simplement un véhicule pour aller d’un point A à un point B au tarif le plus bas possible, peu importe la carrosserie. Les Xiaomi Redmi 14C et son proche cousin fraîchement débarqué, le Redmi 17C, s’inscrivent pile dans cette seconde philosophie. Pas d’esbroufe. On est sur du basique, du robuste, de l’ultra-économique.
Avec la flambée des coûts des composants ces dernières années, la montée en gamme généralisée des constructeurs chinois a fait exploser les grilles tarifaires. Trouver un appareil estampillé Xiaomi à moins de 500 euros à sa sortie relevait récemment du mirage. Redmi, la branche accessible de la firme, vient donc naturellement colmater cette brèche sur l’entrée de gamme, un segment complexe où il est difficile de répercuter les hausses de prix sans faire fuir le client. Le résultat de cette équation financière se traduit par deux terminaux qui partagent un ADN commun : sacrifier la puissance brute sur l’autel de l’endurance.
Un design en trompe-l’œil qui fait son petit effet
À moins de 200 euros, on a souvent tendance à toiser la fiche technique avec un brin de condescendance. Pourtant, le gap esthétique entre l’entrée et le milieu de gamme s’est drastiquement réduit, et le « look and feel » de ces nouveaux Redmi en est la parfaite illustration.
Visuellement, ces appareils jouent habilement l’illusion. Prenez le dos du 14C : une dalle brillante, bien qu’en simple verre et non en Gorilla Glass (ce qui lui évite au passage de se rayer trop vite), cerclée d’un châssis mat en polymère. À quelques pas de distance, son imposant bloc photo circulaire emprunte effrontément les codes visuels du Xiaomi 14 Ultra, un flagship vendu pourtant dix fois son prix. Le 17C reprend cette même sobriété assumée avec des mensurations presque identiques (environ 171,8 x 77,8 x 8,2 mm).
Évidemment, le diable se cache dans les finitions. Sur le 14C, on note un léger décalage au verso entre le bord de la dalle et le châssis, ça râpe un peu sous le doigt. L’embonpoint est également notable. Ces modèles accusent un certain poids sur la balance : entre 204 et 211 grammes pour le 14C selon qu’on le choisisse en noir, violet, vert olive ou bleu océan, et un solide 206 grammes pour le 17C, décliné quant à lui en noir, bleu clair et rouge. On a affaire à de jolies petites briques.
L’affichage XXL face aux compromis techniques
La proposition d’affichage est étonnamment généreuse pour cette tranche tarifaire. Les deux modèles embarquent d’immenses dalles LCD IPS de 6,88 pouces (1640 x 720 pixels). Le vrai tour de force reste ce taux de rafraîchissement à 120 Hz, offrant une fluidité d’interface assez inespérée à ce prix, soutenue par une luminosité de 600 nits qui fait le job, même en extérieur.
Sous le capot, Xiaomi a rationalisé les coûts en faisant le choix du MediaTek Helio G81-Ultra pour propulser les deux bécanes. Si vous cherchez un monstre de puissance pour faire tourner les gros titres 3D du moment, passez votre chemin. La puissance embarquée est anecdotique et la compatibilité 5G brille par son absence. Le réseau plafonne à la 4G/LTE, le Wi-Fi reste sur la norme 5 (802.11 ac) et le Bluetooth en 5.1.
Malgré cela, les fiches techniques regorgent de petits luxes pour les utilisateurs à l’ancienne. Le 14C pousse le vice jusqu’à proposer du swapping de RAM pour étendre virtuellement la mémoire vive jusqu’à 16 Go, un port microSD acceptant jusqu’à 1 To de stockage, le NFC, la biométrie latérale et même la bonne vieille radio FM exploitable via la prise jack. Côté software, on fait face à un grand écart curieux : le 14C tourne sous Android 14 couplé à HyperOS 1.0.3, tandis que le 17C, pourtant sur la même gamme, annonce faire le grand saut sur la toute dernière interface HyperOS 3 basée sur Android 16.
Autonomie monstre, multimédia en retrait
Il fallait bien sabrer quelque part pour maintenir les coûts à ras de terre. L’expérience multimédia est sans conteste le talon d’Achille de cette génération. Sur le 14C, le capteur principal de 50 MP (f/1.8) permet de sauver les meubles en plein jour, mais le traitement d’image s’effondre lamentablement dès qu’on s’aventure au-delà du zoom 2x. Le 17C la joue encore plus modeste avec un capteur principal de 13 MP et un objectif frontal de 5 MP (contre 13 MP pour les selfies du 14C). Ne parlons même pas de la qualité audio : le rendu du haut-parleur est franchement épouvantable et saturera vos tympans à volume maximal.
C’est sur le terrain énergétique que la magie opère. Avec leurs batteries gargantuesques de 5160 mAh et une charge filaire classique de 18 Watts, ces Redmi sont de véritables chameaux. Ce sont des champions absolus de l’autonomie, capables d’encaisser deux jours d’utilisation loin d’une prise sans sourciller.
La tarification agressive achève de positionner ces terminaux. Le Redmi 14C se négocie en France chez les revendeurs habituels à 161,90 euros pour sa version 4/128 Go, et 181 euros pour grimper à 8/256 Go, se frottant directement aux Motorola G34 5G ou autres Galaxy A05s. Le 17C, d’abord lancé sur le marché chinois et qui devrait rapidement s’étendre aux marchés d’Europe de l’Est comme l’Ukraine, casse les prix de manière encore plus frontale : environ 117 $(pour 64 Go) et 132$ (128 Go), s’imposant de facto comme le smartphone Xiaomi en production le moins cher du moment.